25 ans ! 25 ans que j’admire les connaissances botaniques de Nadine et de Christian. En suivant leur parcours, du jardin d’acclimatation à la campagne percheronne, j’ai voyagé, par la pensée, en Turquie, en Grèce, et dans bien d’autres pays, à travers les plantes qu’ils affectionnent.

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Le plus souvent possible, j’aime faire le chemin qui me conduit à leur pépinière, dans l’Orne.
Passé Mortagne-au-Perche, on quitte vite la grande route par de petites voies à travers champs où les talus regorgent de belles sauvageonnes qui augurent déjà de la visite chez Ellebore.

Un gros pied d’artichaut, majestueux, nous accueille, imposante statue vivante. 

A gauche, devant la simple et authentique longère, des érigerons et des méconopsis se ressèment à tout va dans les graviers, assiégeant les potées opulentes de cosmos chocolat et de verveines de Buenos-Aires. 
Là, se dorent, au soleil, chiens et chats, à l’entrée de la grange-bureau-accueil.
A droite, la pépinière présente, sagement rangées dans des châssis en bois, des plantes qui jouent parfois les herbes folles. Plantes sages pour jardin sauvage ? Ou plantes sauvages pour jardin sage ? On ne sait plus, tellement elles sont reines et font ce qu’elles veulent.
Le visiteur se précipite pour ne manquer aucune minuscule rareté, spécialité du maître de maison.

Christian est capable de parler pendant des heures d’un narcisse qui ne se trouve qu’à l’île de Glénan ou d’une miniature qu’il est seul à multiplier.

Nadine
, en installant une euphorbe dans un massif, raconte que toutes ces plantes ne constituent pas un jardin : ce sont simplement des carrés de pieds-mères qui servent à la multiplication et à la sélection de semis spontanés.

Mais ne l’écoutez pas : ces carrés sont ravissants.

Elle a le talent de domestiquer en douceur ces vagabondes qui s’installent où elles ont envie.

Scabieuses noires, coreopsis crème brûlée, alchémilles chartreuse, achillées jaune lune… Dans les prés alentours, à perte de vue, se dessinent des allées brodées de jeunes pommiers, de bébés pivoines en arbre et de bosquets qui roussissent à l’automne, invitant à une balade romantique, en toutes saisons.

A quel moment faut-il visiter la pépinière ?

En février et mars, pour choisir les hellébores qui vivent en pleine terre.
En avril et mai, quand les bulbes sont à leur apogée...
En mai, juin, juillet, lorsque les clématites enguirlandent tonnelles, arbres, arbustes...
En plein été, là où les vivaces se faufilent et fleurissent entre le moindre interstice…
A l’automne, pour admirer les hortensias à feuilles de chêne embrasant le bord de la pièce d’eau...

Plus simplement, tout le temps, lorsque l’on désire voir les plantes du catalogue en situation.

Noémie Vialard